Après Mykolaïv, célébrant samedi dernier ses 236 ans, le déplacement de la délégation parlementaire française s’est poursuivi dimanche dernier vers Odesa, autre cité stratégique du sud de l’Ukraine, porte de la mer Noire et symbole de liberté.
Fondée à la fin du XVIIIᵉ s. sous l’influence du duc de Richelieu, Odesa est classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO (liste en péril depuis janvier 2023).
Aujourd’hui, la ville subit des bombardements russes qui visent délibérément son patrimoine, ses habitations et ses infrastructures portuaires.
Le port d’Odesa, vital pour l’exportation de céréales et de produits agricoles qui nourrissent des millions de personnes dans le monde, reste une cible privilégiée.
Dans ce contexte, la délégation du groupe d’amitié France–Ukraine de l’Assemblée nationale, conduite par Gabriel Attal, président du groupe, et composée des députés Tristan Lahais, député d’Ille-et-Vilaine, Thierry Sother, Pieyre-Alexandre Anglade, Député des Français établis au Benelux et Liliana Tanguy – Députée, a visité plusieurs lieux emblématiques de la résilience d’Odesa.
Le chantier du futur centre Superhumans Center, dont l’ouverture est prévue dans neuf mois, en est un symbole. Ce projet, mené en partenariat avec Expertise France in Ukraine, sera dédié aux prothèses, à la chirurgie reconstructrice, à la rééducation et au soutien psychologique des victimes de guerre. Il offrira un accompagnement entièrement gratuit à celles et ceux qui en ont besoin. Sur place, la délégation a pu échanger avec d’anciens combattants en rééducation, témoins de l’importance de ce centre unique.
La rencontre avec la communauté juive d’Odesa a conduit les députés à la synagogue, dans un orphelinat et auprès du grand rabbin. Ces échanges ont souligné la nécessité de protéger la continuité spirituelle et culturelle de la ville malgré la guerre.
Au centre régional des archives audiovisuelles de @Suspilne Ukraine, la télévision publique ukrainienne, des milliers d’heures d’archives audio et vidéo, certaines datant de l’époque soviétique, sont numérisées et sauvegardées avec l’appui de partenaires français INA, École nationale des chartes, BNF, ECPAD). Un travail essentiel pour préserver la mémoire collective face aux destructions.
L’histoire d’Odesa a aussi été racontée par Oleksandr Babich, historien aujourd’hui mobilisé dans la marine ukrainienne. Quelques heures durant, il a repris son métier pour guider la délégation sur les traces françaises de la ville et rappeler son lien profond avec l’Europe.
Enfin, la visite s’est conclue dans l’atelier du sculpteur Mikhail Reva. Auteur d’œuvres emblématiques d’Odesa (Twelfth Chair, Love Tree, Source of Life), il compose désormais avec des fragments de missiles, des éclats d’obus et des douilles transformés en sculptures, qu’il décrit comme “un puzzle fait d’horreur et de chaos”.
Odesa illustre à la fois la vulnérabilité des villes ukrainiennes et la force de leur résilience, nourrie par la solidarité, la mémoire et la création.

